Stagiaire au sein du groupe Histoires de vie en éducation - Rapport de Sara Maranda-Gauvin

Stage réalisé du 22 janvier au 27 octobre 2009

*Mon parcours au fil du projet Histoires de vies*

Histoires de vies des Montréalais(es) déplacé(e)s par la guerre, le génocide et autres violations aux droits de la personne est plus qu’un projet universitaire: c’est un projet de société. J’y suis entrée avec beaucoup d’intérêt, de curiosité et de motivation pour apprendre de façon « particip-active ». Rapidement, je me suis rendue compte de l’ampleur de ce regroupement d’acteurs et d’actions qui surpasse l’individu. Le principe du ¨partage de l’autorité¨, qui sonne si bien à l’oreille, m’est apparu praticable et ô combien productif. Pour moi, ce principe assez simple a pris une forme pratique, permettant une appropriation de ce projet par différentes personnes, à différents niveaux et sous différentes formes.

Au niveau de la recherche universitaire, ce projet m’a permis de concevoir plus précisément un partage de l’autorité entre les différents acteurs de cette recherche. Histoires de vies inclut – et je dirais même est construit - par les diverses communautés d’immigrants ou réfugiés, par des étudiants dans différents domaines à différents niveaux allant du secondaire au doctorat, par des enseignants, travailleurs sociaux, différentes institutions et plus encore. La coordination et la coopération de tous ces éléments dépassent l’entendement, ou du moins me dépasse toujours! L’une de mes tâches de stage était d’établir un dialogue entre les différents groupes de travail, surtout au niveau des stagiaires pour lesquel(le)s il est parfois difficile de se créer une place au sein du projet. Bien que l’idée soit louable, garder un dialogue constant n’est pas chose simple et m’aurait demandé beaucoup trop de temps. J’ai donc laissé tomber cet aspect du projet, en essayant de me garder au courant des activités des autres groupes et stagiaires par le site Internet et par Basecamp.

Le partage d’autorité a permis à des stagiaires comme à Mélanie et à moi de tisser notre propre maillon du projet, liant ainsi différents niveaux de notre société. Ainsi, au lieu de mener des entrevues avec des survivants, nous avons mené des entrevues avec professeurs et enseignantes. Mener des entrevues a apporté une deuxième dimension à mon stage. Après m’être familiarisée avec bon nombre d’articles recommandés par le groupe en éducation, j’ai trouvé très intéressant d’entendre les diverses opinions et expériences d’enseignantes travaillant dans notre système éducatif québécois. Ce projet nous a ouvert les yeux sur d’autres initiatives des plus inspirantes, comme le groupe de recherche affilié des étudiant(e)s de l’école secondaire St-Georges. En effet, mener une entrevue avec Megan Webster, enseignante à l’école St-Georges, nous a fait découvrir le projet de ses élèves et nous a aussi fait rencontrer une autre enseignante de la même école secondaire.

Le fait de rencontrer les élèves a apporté une troisième dimension à mon stage. Non seulement j’avais lu les théories, produit une dissertation sur le bénéfice de l’histoire orale en éducation, mené des entrevues avec des enseignant(e )s passionné(e )s, mais je pouvais maintenant voir la réappropriation de ces concepts par un groupe d’élèves. Il m’a été très révélateur et enrichissant d’écouter leurs expériences sur les processus d’entrevue avec des survivants maintenant établis à Montréal de même que sur le montage d’un documentaire sur le génocide cambodgien. C’est d’autant plus intéressant d’écouter les voix des jeunes, car ce sont rarement eux qui ont la chance de théoriser dans les journaux académiques reconnus.

La dernière phase de mon stage a pris forme grâce à l’initiative d’Emmanuelle Sonntag. Celle-ci nous a invitées (Mélanie, Stacey et moi) à participer à un atelier de formation pour les enseignants du secondaire dans le cadre de la Série éducative sur l’Holocauste. Lors de la journée consacrée aux enseignants, soit « enseigner l’Holocauste et les droits humains –des outils pour l’école d’aujourd’hui », nous avons participé à l’atelier intitulé « I’ve brought a Holocaust survivor to my class : where do I take it from here? ». Mélanie et moi avons donc monté un documentaire par i-movie avec les clips les plus pertinents de nos entrevues. Réécouter les clips, trouver les fils conducteurs et créer un outil pour d’autres enseignant(e)s m’a permis de terminer mon stage de façon significative.

De plus, nous avons eu la chance de créer cet atelier avec Reenie Marx –une enseigante au secondaire et Mayer Schondorf –une survivante de l’Holocauste. J’ai appris beaucoup de notre entretien. La vision et l’expérience d’un survivant est une position qui m’avait jusque-là échappé. Grâce à Mayer, j’ai pu comprendre une autre dimension de l’histoire de vie en éducation.

Finalement, nous avons présenté notre mini-documentaire lors de cette journée qui s’est (très bien) déroulée au Centre Commémoratif de l’Holocauste de Montréal. J’ai eu la chance de participer à d’autres ateliers intéressants et à entrevoir certaines préoccupations des enseigant(e )s autour de la table. Un point qui m’a marqué c’est leur désir d’obtenir du matériel déjà préparé et utilisable dans le cadre de leur enseignement.

La force des réseaux m’est apparu très précisément lors de ce stage. Avoir été membre du Groupe en Éducation m’a permis de comprendre mieux les dynamiques du système d’éducation au Québec –ce qui m’intéresse beaucoup. J’ai eu la chance de côtoyer des gens passionnés, mais aussi très critiques de la situation actuelle et désirant prendre part à des changements jugés désirables. Entre autres, j’ai été introduite aux situations d’apprentissage (SAE) par Paul Rombough de Learn Québec.

J’aimerais maintenant conclure avec quelques idées que je garde avec moi. L’histoire orale occupe maintenant une place de choix dans mon cœur et dans ma vision d’une académie plus inclusive et plus perméable. J’ai aiguisé ma sensibilité pour les voix oubliées au cœur de notre société. De plus, j’ai développé un grand intérêt pour les questions d’immigration et d’inclusion sociale. Je vais essayer de toujours garder avec moi le concept de partage d’autorité au sein des projets que je vais mener.